Notre pensionnaire au DDO, le Combattant varié

Notre pensionnaire au DDO - Le Combattant varié.

En ce début du mois de mai 2014, un Combattant mâle en plumage nuptial séjourne au domaine des oiseaux de Mazères…
Par Jean JOACHIM (Scientifique à l’INRA).

 

Le Combattant varié (Phylomachus pugnax).

Le combattant ressemble beaucoup aux chevaliers, mais ses mœurs particulières l’en différencient nettement, si bien que son ancienne appellation de « Chevalier combattant » fut récemment abandonnée. Comme à bien des égards il est très proche des bécasseaux, la première proposition de le nommer « Bécasseau combattant » n’a pas rencontré beaucoup de faveurs et c’est sous le terme de « Combattant varié » que l’on en parle aujourd’hui.

En ce début du mois de mai 2014, un Combattant mâle en plumage nuptial séjourne au domaine des oiseaux de Mazères. Les oiseaux en plumage nuptial sont très peu courants dans la région, mais ce n’est pas la première observation de ce type : le 11 mai 2006, 6 oiseaux nuptiaux ont été vus sur un ilot de gravier devant l’observatoire du chasseur à Mazères. Ils esquissèrent même quelques figures de parade et combats (Joachim, non publié).

Une synthèse sur la migration des limicoles dans la moyenne vallée de la Garonne de 1973 à 1981 (Joachim, 1981) fait ressortir que lors de son passage migratoire, il recherche les plages de vase au bord des lacs et étangs, les landes marécageuses et les prairies humides avec une vue dégagée. La migration prénuptiale est sensible très tôt (donnée la plus hâtive du 21 -02-1976 à Saint-Nicolas de la Grave -82-), puis le passage augmente en mars et avril, culmine en mai et s’arrête en juin (donnée la plus tardive du 16-06-1974 à Lespinasse -31-). Les oiseaux passent ainsi pendant plus de trois mois au printemps mais ce passage varie d’année en année, la seule constante dans la période analysée étant le pic de début mai. La migration d’automne a lieu en août et septembre. On voit souvent trois à six oiseaux ensemble, les plus gros vols regroupant 25 oiseaux ont été notés à Saint Nicolas de la Grave le 10 mai 1975 et le 28 mars 1976. Une deuxième synthèse sur l’ensemble de la région Midi-Pyrénées pour la période 1984-1990 (Hétier, 1994) confirme le schéma général constaté sur la Garonne, le pic de passage en mai se différenciant cependant un peu moins de ceux de mars et avril, au moins aussi importants. En automne, les premiers oiseaux sont vus fin juillet, mais passent surtout en août et septembre, des oiseaux s’attardant çà et là jusqu’au 20 octobre.

Dans son aire de reproduction très septentrionale (depuis la Norvège jusqu’au détroit de Béring), il niche dans les marais, les tourbières et au bord des lacs d’eau douce. Le reste de l’année, en migration et dans son aire d’hivernage, il fréquente les bords vaseux des plans d’eau douce ou saumâtre, les rizières et les prairies inondées. On peut parfois aussi l’observer sur les vasières de marée basse ou au voisinage des côtes marines plates.

Ces oiseaux sont presque toujours silencieux. le dimorphisme sexuel est sensible à toute saison les mâles étant un tiers plus grands que les femelles, mais c’est au printemps que les mâles sont extraordinaires avec une grande collerette et, sur les côtés de la tête, des touffes de plumes érectiles. La coloration de ces plumes ornementales varie du blanc au gris, au roux et au noir avec des stries et des barres. Très souvent, une différence de couleur entre oreillons et collerette les rend encore plus visibles.

Lors de la reproduction les mâles sont polygames. En avril-mai, ils se réunissent traditionnellement en des lieux appelés arènes ou leks, où ils paradent et se livrent à des combats fictifs dans le but de séduire des femelles. Ils se défient, plumage hérissé et ailes battantes, se saluent puis se figent tels des automates. Le nid, construit au sol, est fait d’herbes sèches. La ponte est constituée de 4 œufs verdâtres qui sont couvés pendant une période variant de 20 à 23 jours. La femelle s’occupe seule de l’incubation et de l’élevage des jeunes nidifuges, capables de quitter le nid quelques heures après l’éclosion. Ils s’envolent définitivement au bout de 25-28 jours.

Ce comportement extraordinaire n’est cependant pas l’apanage de notre Combattant ! En effet, une espèce proche vivant dans le continent américain : le Bécasseau rousset Tryngites subruficollisprésente certes un plumage moins extravagant, mais le schéma de reproduction est quasiment le même que celui du Combattant varié !

 

Suivre le fil de discussion sur Flickr 

Encore un grand merci à toi Jean pour cet article.